Identité numérique : une révolution KYC sous contrainte de calendrier

Le Club KYC by TNP est un cercle d’échange dédié aux acteurs de la conformité, du risque et de la transformation dans les services financiers.

Positionné à l’intersection des enjeux réglementaires et opérationnels, il réunit experts, décideurs et partenaires technologiques autour de problématiques clés telles que le KYC, la lutte contre la fraude ou l’identité numérique.

Son objectif : décrypter les évolutions, partager des retours d’expérience concrets et accompagner les établissements dans leurs arbitrages stratégiques.

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Entre obligation réglementaire et promesse d’efficacité opérationnelle, le portefeuille d’identité européen impose aux banques une transformation transverse dès aujourd’hui.

À horizon 2027, l’identité numérique ne sera plus une option mais une obligation pour les établissements financiers. Portée par le règlement eIDAS 2 et alignée avec les exigences de lutte contre le blanchiment, elle promet des gains significatifs en matière de KYC, d’expérience client et de qualité des données. Mais derrière cette promesse se cache une transformation profonde, encore marquée par des incertitudes réglementaires, techniques et opérationnelles. Pour les dirigeants, l’enjeu est clair : anticiper sans surinvestir, structurer sans figer, et surtout décloisonner les organisations.

« L’offre existe. Le vrai sujet, c’est l’adoption. »

Pourquoi l’enjeu n’est plus technologique, mais culturel, organisationnel et décisionnel pour les entreprises européennes.

Pour Caroline Chopinaud, directrice générale de Hub France IA, le diagnostic est clair : l’écosystème français et européen de l’IA n’est plus un problème d’offre, mais un problème d’appropriation. Créé en 2017, le Hub fédère aujourd’hui plus de 300 organisations et 50 partenaires européens. En cinq ans, la cartographie des start-up IA françaises est passée de 150 à plus de 600 acteurs, avec plus d’une centaine de créations sur la seule année 2024. Une dynamique inédite, désormais soutenue au plus haut niveau de l’État.

Pourtant, cette richesse peine encore à se traduire en décisions d’achat. Caroline Chopinaud observe un basculement net en 2025 : 76 % des entreprises privilégient désormais des solutions achetées, contre des développements internes ou sur mesure. En cause : la peur de ne pas aller assez vite, la difficulté à maintenir des solutions dans le temps, et une forme de réflexe de facilité face à des plateformes déjà intégrées aux environnements existants.

 

Cette logique de time-to-market masque cependant un risque structurel : celui de confondre accélération et dépendance. Pour la directrice générale du Hub France IA, accélérer sans se déposséder suppose de sortir d’une vision réduite de l’IA à quelques outils génériques, de mieux connaître l’écosystème européen et d’élargir les critères de décision au-delà du seul confort technologique.

« Il faut avoir une approche qui est transverse et désilotée au sein des établissements »

L’identité numérique impose une rupture organisationnelle au-delà du seul enjeu technologique

L’un des constats les plus structurants de la table ronde tient à la gouvernance des projets d’identité numérique. Aujourd’hui encore, ces sujets sont majoritairement portés par les DSI, ce qui se comprend au regard de leur technicité.

L’identité numérique ne se résume pas à une brique d’authentification : elle transforme en profondeur les processus KYC, l’onboarding client et les interactions réglementaires.

En permettant de partager des données déjà vérifiées, le portefeuille d’identité numérique réduit drastiquement la collecte documentaire et améliore la cohérence des données. Mais ces gains ne peuvent être captés que si les équipes conformité, métier et expérience client sont pleinement intégrées dès l’amont. Le défi est donc clair engager une transformation transverse, plus complexe à piloter mais bien plus créatrice d’impact.

« Les données qui sont partagées par le client auront été vérifiées en amont du partage »

Le Wallet redéfinit l’économie du KYC en déplaçant la charge de vérification

Le portefeuille d’identité numérique introduit une rupture majeure dans les processus de connaissance client : la donnée fournie par le client est déjà certifiée. Cette évolution change profondément la logique opérationnelle. Là où les établissements investissaient massivement dans la vérification documentaire, ils pourront désormais s’appuyer sur des attestations émises par des tiers de confiance.

Concrètement, cela se traduit par un onboarding simplifié : le parcours client est plus fluide, sans de rupture. La démonstration d’Idaktoillustre une expérience en quelques clics, via QR code, avec consentement explicite et transmission instantanée des données. Au-delà du confort utilisateur, c’est toute la chaîne de traitement qui gagne en efficacité.

. Les banques gagnent en productivité mais doivent repenser leur gestion du risque. Elles restent responsables de certains contrôles, notamment la validité des données dans le temps. Le modèle évolue donc vers une co-responsabilité, encore partiellement floue, qui nécessite de nouveaux dispositifs de contrôle.

« L’opportunité business dépend du taux d’adoption et des coûts d’intégration »

L’équation économique reste conditionnée à l’usage réel des Wallets

Si les gains potentiels sont largement reconnus, leur matérialisation dépend d’un facteur clé : l’adoption. Sur ce point, France Identité est dans une bonne dynamique avec « 3,8 millions d’utilisateurs en trois années » et une forte croissance sans budget marketing significatif, témoigne d’un intérêt réel.

Les usages actuels — procurations, accès à des services publics, authentifications répétées — montrent que l’identité numérique peut s’inscrire dans des pratiques récurrentes. Cela renforce la crédibilité du modèle.

Pour autant, l’équation économique reste incertaine. Les coûts d’intégration, les adaptations des systèmes existants et la gestion de la coexistence avec les parcours traditionnels constituent des problématiques importantes à cadrer.

« Le Business Wallet est un sujet moins stabilisé aujourd’hui que le wallet citoyen »

Le segment des personnes morales reste en suspens, entre innovation et attentisme

Si le Wallet citoyen avance rapidement, son équivalent pour les entreprises reste largement à définir.

Les cas d’usage existent pourtant, notamment pour les PME et les parcours d’entrée en relation rapides. Le potentiel est réel dans des contextes où la rapidité est critique, comme les services de paiement. Mais plusieurs questions structurantes restent ouvertes : où stocker les données d’une personne morale ? comment articuler le Wallet du représentant légal et celui de l’entreprise ?

Résultat : le Business Wallet est aujourd’hui traité comme un sujet de veille plutôt que comme une priorité stratégique. Les établissements doivent donc arbitrer leurs efforts, en concentrant leurs investissements sur le Wallet citoyen, tout en maintenant une capacité d’adaptation rapide sur le segment entreprises.