SNCF couverture à la concurrence

Comment l’ouverture du rail à la concurrence se concrétise-t-elle en France ?

Pierre LIGER : Dans l’univers du transport ferroviaire français, le 3 décembre 2019 correspond à l’ouverture à la concurrence des trains régionaux. En effet, le fret et les voyages internationaux sont déjà ouverts à la concurrence. Et les trains à grande vitesse (TGV) seront ouverts à la concurrence en décembre 2020.

Via les autorités organisatrices des transports (AOT), les régions devront désormais mettre en concurrence les transporteurs du ferroviaire. Les appels d’offre seront optionnels jusqu’en 2023. Puis, ils deviendront obligatoires dès 2023, avec une durée contractuelle maximum de dix ans.

Par l’entremise des autorités organisatrices des transports devront désigner les lignes ferroviaires concernées, par exemple les lignes Nantes-Lyon ou Nantes-Bordeaux, puis les ouvrir à la concurrence. Le processus d’appel d’offre est assez long puisqu’il s’étale a minima sur deux années couvrant le RFI, l’instruction de l’appel d’offre, l’éventuel transfert des personnels…

Plusieurs régions ont déjà manifesté leur intérêt pour cette ouverture : Hauts de France, PACA, Grand Est, Pays de la Loire… Chaque transporteur ferroviaire pourra demander des "sillons", c’est-à-dire des créneaux pour faire rouler des trains sur n’importe quelle ligne. Les sociétés italienne, Trenitalia, et espagnole, Renfe, ont affiché leur volonté de se porter candidates.

La concurrence permettra de faire ressortir les différenciations entre les acteurs du ferroviaire, en particulier sur le prix et les services à bord.

 

Quel est l’impact de l’ouverture à la concurrence sur les projets de transformation digitale de la SNCF ?

P. L. : Dans les prochains mois, les régions vont lancer des appels d’offre pour l’attribution des trains express régionaux (TER). Leur objectif sera notamment d’assurer les fondamentaux en termes de ponctualité des trains, d’annulation des rames, d’information des voyageurs…

L’ouverture de la concurrence va accélérer l’optimisation du métier de la SNCF par une meilleure allocation des ressources, par la modernisation des systèmes, par la mise en place de grands programmes de transformation…

Concernant la relation client, le portail ouisncf est l’un des plus consultés en France. L’application "door to door" permet de visualiser l’ensemble d’un trajet sur un site unique et d’effectuer les réservations et les achats des transport souhaités.

Il existe également d’autres axes d’optimisation grâce à la digitalisation des pratiques. Les processus de la SNCF sont généralement matérialisés par du papier. Or, la digitalisation des processus offre de nombreux bénéfices : l’amélioration de la sécurité, les gains de productivité, l’optimisation de l’efficacité…  

Enfin, l’IOT (Internet of things) offre des perspectives prometteuses pour améliorer la maintenance des matériels. Cependant, le passage de la maintenance curative à la maintenance préventive, puis à la maintenance prédictive, nécessite la mise en place d’un grand nombre de capteurs.

TNP participe actuellement à un projet de digitalisation des procédures de travaux à l’aide de tablettes.
 

Quels sont les risques pour la SNCF ?

P. L. : La menace des opérateurs privés pousse la SNCF à progresser rapidement dans le domaine de la "Mobilité as a service". Les régions constituent également des concurrents potentiels dans la mesure où elles ont l’opportunité de fédérer tous les acteurs du transport (train, voiture, co-voiturage, vélo …). Enfin, la Caisse des Dépôts et Consignation développe déjà des services auprès des collectivités. Elle pourrait aussi proposer des portails transverses aux régions.
 

Comment la SNCF peut-elle se différencier ?

L’une des pistes de différenciation pour la SNCF concerne l’excellence de la maintenance des trains grâce à l’IOT. La SNCF a fait le choix de développer ses propres systèmes pour améliorer la maintenance afin de ne pas dépendre des fabricants de matériels.

La gestion des données est également un enjeu important pour la SNCF. Les données doivent désormais être partagées. Leur digitalisation répond à l’enjeu de l’ouverture de la SNCF à la concurrence avec des données open source relatives aux lignes, aux horaires, aux voyageurs. Il s’agit de l’un des chantiers stratégiques de la SNCF.

Enfin, la SNCF doit s’appuyer sur des écosystèmes de start-up. Mais elle est contrainte par les moyens financiers limités dont elle dispose.