Alors que près de 20% des français envisagent de payer en cryptomonnaies à l’avenir, seulement 5% ont sauté le pas, plaçant ce mode de paiement en dernière position avec le paiement par réseaux sociaux (étude du CSA).

La forte baisse de l'attention des médias et du marché par rapport à l’explosion des cours des cryptomonnaies de 2016 a fragilisé leurs développements et nous a montré que cette volatilité demeure aujourd’hui un obstacle majeur pour un élargissement de leurs adoptions. En effet, malgré une participation accrue des investisseurs institutionnels (étude février 2020 J.P. Morgan) et l’introduction de nouveaux produits sur des bourses réglementées, les fluctuations extrêmes des prix réduisent gravement l’utilité des cryptomonnaies en tant que réserve de valeur et, par conséquent, limitent considérablement leur utilisation dans l’économie.
 

Les stablecoins comme alternative à la volatilité ?

Les stablecoins sont l’une des réponses à cette volatilité. Par définition, un stablecoin est un type de cryptomonnaie qui a pour objectif de garder une valeur stable dans le temps. Par analogie, l’euro en est un bon exemple : il est utilisé à travers le monde comme référence pour un usage commercial. On en retrouve trois types selon leur adossement, lié à :

  • Une monnaie traditionnelle (dit fiat) dont le collatéral est stocké sur un compte bancaire
  • Une autre cryptomonnaie
  • Un smart contract qui se chargera de la stabilité en produisant ou retirant des tokens

Leur mise en place n’est pas si simple : chaque type présente des avantages et inconvénients en termes de risques et de décentralisation. Par exemple, les stablecoins émis par une structure privée sont loin des promesses de décentralisation offertes par la blockchain. En effet, dans le cas d’un collatéral en monnaie fiat, ils sont stockés sur un compte bancaire et donc dépendants d’une infrastructure étroitement liée au système bancaire actuel.

Les résultats de la comparaison de la volatilité quotidienne de plusieurs stablecoins rattachés au dollar sont efficaces (passage à environ 0,5% par jour contre 4-6% pour le Bitcoin, l’Ethereum et le Ripple), mais n’atteignent pas les proportions escomptées. En effet, ils permettent bien de lisser la volatilité, mais pour être très clair, 0,5% est très loin d’être suffisamment stable pour une adoption à l’échelle par le secteur bancaire.
 

La nécessité de co-construire

En septembre dernier, le FMI publiait « Digital Currencies: The Rise of Stablecoins »[3], décrivant les nombreuses promesses et risques associés aux stablecoins, tels que des paiements mondiaux rapides et accessibles.

Mais prendre le sujet des stablecoins de manière isolée n’est pas suffisant : un travail conjoint entre régulateurs et acteurs privés doit être réalisé si l’on veut développer les stablecoins tout en en maitrisant le risque. En effet, un passage massif à l’utilisation de ce genre de cryptomonnaie, sans l’appui d’une instance étatique, réduirait fortement son adoption, voire serait utopique. Comme l’a indiqué la députée Laure de la Reudière, « Ce sont les banques commerciales qui doivent se saisir de la question des monnaies digitales, mais il doit y avoir également une impulsion de la Banque centrale européenne ».

A titre d’exemple, la banque JP Morgan est revenue en février sur son expérimentation de stablecoin, le JPM Coin¸ en évoquant son « succès ». Adossé au dollar, il représente un équivalent détenu au sein des comptes de sa banque et ses filières, permettant d’effectuer des transferts et des règlements transfrontaliers instantanés. Même si JP Morgan reste la plus grande banque américaine en termes d’actifs et de capitalisation boursière, son stablecoin n’est pas, à date, interopérable avec d’autres banques et limite donc fortement son intérêt et son développement.

C’est à ce titre que l’appel à projets destiné aux acteurs européens lancé le 27 mars dernier par la Banque de France pour expérimenter l’usage d’un « euro digital » émis par une banque centrale dans les règlements interbancaires est intéressant. Les candidats peuvent répondre individuellement ou en groupe, et travailleront conjointement avec la Banque de France afin « d’identifier des cas concrets d’intégration d’une monnaie digitale de banque centrale (MDBC) dans des procédures innovantes d’échange et de règlement d’actifs financiers tokenisés ».

Espérons que cela ouvrira à la voix à certaines initiatives technologiques et à leur passage à l’échelle ainsi que leur développement.

Rodolphe Callies
Rodolphe CALLIES
Senior consultant