Ces dernières années, la tendance est à une mobilité plus respectueuse de l’environnement et la crise sanitaire n’a fait que renforcer cette prise de conscience. De nombreux modes de transport alternatifs se sont ainsi développés pour se déplacer ponctuellement ou pour aller travailler. Du véhicule électrique en passant par le vélo, la marche ou encore la trottinette, les solutions à disposition sont nombreuses, mais encore faut-il vivre dans une zone urbaine.

Quant est-il des territoires plus reculés ? Comment répondre aux besoins de tous les usagers et à l’évolution des modes de vie ? Quels rôles l’innovation et les entreprises peuvent jouer afin de répondre à ces enjeux ?  

 

Le développement de services multimodaux pour tous

Selon une étude réalisée par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) en avril 2020, dans les zones urbaines telles que Strasbourg ou Bordeaux, plus de 10% de la population utilise le vélo pour se rendre au travail tandis qu’en périphérie des villes, ce taux atteint difficilement 0,5%. Par ailleurs, plus de la moitié de la population française[1] déclare ne pas avoir d’autre choix que d’utiliser la voiture car « les transports collectifs sont absents ou inadaptés aux besoins ». Cette disparité des pratiques s’explique par un mauvais accès au transport en commun ou des infrastructures non adaptées aux modes de transports doux, c’est-à-dire non motorisés et ne générant pas ou peu de gaz à effet de serre. Cette iniquité des transports creuse les inégalités entre les zones urbaines et les territoires plus excentrés.

De plus, les tendances de consommation s’orientent désormais vers l’usage bien plus que sur le besoin de propriété dans le choix d’une solution de déplacement (autopartage, location longue durée…). La mobilité doit se repenser en s’adaptant aux modes de vie des usagers, par une complémentarité des modes de déplacement afin de répondre aux contraintes et aux besoins de chacun. Ainsi, la solution de demain sera plus verte, accessible mais surtout davantage multimodale et intermodale[2] afin d’accompagner l’usager du premier au dernier kilomètre, en ayant recours à différents services tels que le vélo électrique, la navette autonome, le train, etc. Afin de faciliter le recours à ce mode de transport, il faut que celui-ci soit simple d’utilisation, sécurisé, rapide et agréable. Différentes solutions sont à développer : ticket électronique unique et digitalisé, plateforme de réservation unique pour des trajets optimisés, calcul et comparatif d’itinéraires, correspondances coordonnées, multiplication des parkings à vélos sécurisés…

 

Où en sont les entreprises aujourd’hui ?

L’engagement des entreprises est déterminant afin de réussir la transition vers une mobilité plus durable. Si 78% des dirigeants d’entreprises considèrent la mobilité durable comme un enjeu majeur depuis plusieurs années[3], ils commencent progressivement à l’intégrer dans leur stratégie. C’est le cas de la SNCF qui mise sur la transition écologique pour réussir son plan stratégique avec la volonté de devenir le « champion mondial de la mobilité durable d'ici 2030 en se basant sur le développement des trains à l'hydrogène, à batteries et hybrides ».

Par ailleurs, certaines directives réglementaires telles que la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) ont accentué l’implication et responsabiliser les entreprises vers une mobilité plus durable. Obligatoire pour les sociétés de plus de 50 salariés, la LOM a permis d’ancrer le sujet au sein du dialogue sociale. Au-delà d’un cadre réglementaire qui se veut plus incitatif que contraignant, les entreprises ont tout intérêt à s’inscrire dans une démarche volontariste et distinctive car les bénéfices sont nombreux tant au niveau de leur image auprès des collaborateurs et des clients que pour des aspects humains et financiers. 
 

L’innovation made in France au service de la mobilité durable     

L’innovation et les nouvelles technologies ont un rôle indéniable à jouer dans la transformation de la mobilité. Du développement de nouvelles applications en passant par la pile à hydrogène ou les véhicules autonomes, les leviers sont nombreux. Certaines start-up françaises se distinguent sur le sujet. C’est le cas de Ubitransport, une société basée en Saône-et-Loire, qui œuvre pour une mobilité plus verte et inclusive. L’entreprise s’est fait remarquer en développant des systèmes de transports intelligents 100% numériques, ce qui lui vaut d’être la lauréate du French Tech Next40/120 pour la deuxième année consécutive. La solution est basée sur un échange de données en temps réel entre le véhicule et le cloud, permettant d’informer en temps réel des retards, des accidents ou de gérer la dématérialisation des titres de transports. Autre exemple, la société EasyMile qui a lancé une navette électrique autonome, EZ10. Déjà déployée dans plusieurs endroits du monde, la navette peut accueillir jusqu’à 15 personnes. La vocation de la start-up toulousaine est de repenser la mobilité par l’innovation en développant des solutions intelligentes sans chauffeur. Si ces nouvelles solutions de mobilités ont vocation à améliorer le quotidien des usagers tout en préservant l’environnement, la majorité d’entre elles restent concentrées autour de la voiture. Alors que 4 trajets sur 10 en voiture sont inférieurs à 3km, les solutions alternatives comme le VAE (Vélo à Assistance Electrique) restent encore trop peu développées notamment dans le cadre des trajets domicile-travail. En considérant que ces trajets sont à l’origine de 15% des émissions de gaz à effet de serre liées au transport, le VAE constitue une alternative stratégique. Il reste donc encore un pas à faire vers une mobilité plus douce !

 


[1] Source : Baromètre des mobilités du quotidien de la FNH et Wimoov

[2] La multimodalité désigne la présence de plusieurs modes de transport différents entre deux lieux. L’intermodalité est l’utilisation de plusieurs modes de transport au cours d’un même déplacement (définition Wikipédia)

[3] Source : 2ème baromètre de la mobilité durable de Opinion Way

Anna RANNOU
Manager, TNP