« L’IA est devenue un levier stratégique pour transformer durablement l’école »

Avec le soutien d’AWS et de TNP, KEDGE Business School structure une stratégie IA ambitieuse mêlant maîtrise de la donnée, socle technologique et accompagnement des usages. Retour avec Romain Guyonnet, Directeur Data & IA de KEDGE sur les projets déployés et les priorités du plan stratégique KEDGE 2030. Entretien.

Quels projets IA sont aujourd’hui opérationnels à KEDGE ?

Depuis 2024, KEDGE accélère sa transformation liée à l’intelligence artificielle, dans la continuité de la transition data engagée en 2022. Cette trajectoire progressive (maîtriser la donnée avant d’industrialiser les usages) nous donne aujourd’hui un socle fiable pour déployer des IA utiles, sécurisées et adaptées au terrain.

Notre plateforme interne d’IA générative, Metis, illustre pleinement cette dynamique. Conçue pour être totalement agnostique vis-à-vis des fournisseurs d’IA (OpenAI, Anthropic, Mistral, etc.), elle nous permet de maîtriser à la fois l’impact énergétique et les coûts liés à l’ensemble de nos usages. Metis constitue un écosystème d’IA sécurisé, accessible à tous les collaborateurs, et contribue déjà à la réduction des temps de production sur certains processus clés.

Nous avons également développé des assistants Metis spécialisés, capables de fournir des réponses contextualisées grâce à une architecture RAG connectée à nos données internes. L’assistant RH dédié aux entretiens annuels en est un exemple. Plus de 20 assistants seront déployés d’ici juin 2026

Enfin, nous avons doté l’école d’une charte IA et créé une commission d’éthique, garantissant une adoption responsable, conforme et alignée avec les exigences réglementaires.

Quels sont les axes prioritaires du programme KEDGE 2030 ?

Notre stratégie repose sur trois priorités. La première consiste à renforcer l’efficacité opérationnelle : automatiser les tâches à faible valeur, fiabiliser l’admission et le suivi académique, et déployer des assistants IA là où l’impact est immédiat.

La seconde vise à nous différencier via notre excellence académique. Kedge s’appuie depuis des années sur l’expertise de nombreux enseignants chercheurs pour orienter au mieux nos contenus pédagogiques. Ce qui constitue un véritable atout dans le contexte transformatif des IA.

La troisième porte sur l’accompagnement des usages : formation, acculturation, ateliers, démonstrations, cadre éthique. La Direction des Ressources Humaines joue un rôle clé dans cette démarche.

Cette transformation s’inscrit dans le temps long. On ne bascule pas vers un modèle IA en quelques mois : cela exige une vision claire, une équipe dédiée et une cohérence technique durable. C’est pourquoi l’IA, comme la Data, occupe une place structurante dans notre plan stratégique à cinq ans. 

Quels ont été les enseignements en tant que directeur Data & IA sur cette première année de déploiement ?

Le premier enseignement est que l’IA est d’abord un sujet humain. La valeur se crée dans l’usage, au plus près des métiers, en écoutant les irritants et en coconstruisant les solutions.

Ensuite, une IA performante nécessite un socle technologique solide : qualité des données, gouvernance, architecture maîtrisée, infrastructure fiable.

Troisième enseignement : l’importance d’un pragmatisme rigoureux. Les possibilités de l’IA étant vastes, nous avançons par priorités, en ciblant les sujets à fort impact et en recherchant des résultats concrets.

Enfin, l’acculturation est un exercice permanent : accompagner, rassurer, montrer des cas d’usage, créer des communautés. L’adoption se construit dans la durée.

Comment l’IA générative transforme-t-elle l’entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés ?

L’IA modifie fortement les métiers et fait émerger un risque pour les jeunes diplômés : celui de profils « sur-assistés », utilisant systématiquement l’IA sans recul critique, ce qui peut homogénéiser les compétences et compliquer la différenciation, lors de l’entrée sur le marché de l’emploi.

À KEDGE, nous voulons former des diplômés capables d’utiliser l’IA avec discernement, en mobilisant esprit critique, créativité et analyse, qui sont des compétences non substituables.

Ce travail est porté par nos directeurs de programmes et notre faculté, appuyé par les travaux d’enseignants-chercheurs comme Virginie Martin, Giulia Pavone ou Kathleen Desveaud. Ma direction fournit le socle technologique pour mettre en œuvre cette stratégie pédagogique.

Notre objectif collectif : des professionnels responsables et augmentés par l’IA, pas formatés ni dépendants d’elle.

Quels partenaires accompagnent KEDGE et quelle valeur apportent-ils ?

La transformation IA de KEDGE s’appuie sur AWS, qui structure notre architecture technologique, sécurise nos environnements IA et accélère des projets comme Campus Connect, notre futur dispositif d’accueil et de relation étudiants. AWS contribue également à renforcer les compétences cloud et IA de nos étudiants.

Nous travaillons aussi avec TNP, qui nous a accompagnés dans la construction et le déploiement de Metis, notre plateforme interne d’IA générative. En six mois, une solution open source, intégrée à AWS et pensée pour les usages métiers, a pu être mise en production. Leur pragmatisme et leur expertise technique ont été décisifs.

Enfin, l’équipe Kedge Platform & Engineering joue un rôle crucial dans la robustesse de nos architectures et l’industrialisation de nos outils : sans un socle solide, aucune IA ne peut être réellement utile.

Quels conseils donneriez-vous aux écoles qui souhaitent se lancer dans l’IA ?

D’abord, démarrer simple et concret : mieux vaut quelques cas d’usage réussis qu’une ambition trop large !  Ensuite, miser sur l’acculturation : l’IA est un sujet d’usage, de confiance, de pratiques.

Ne pas négliger le socle technologique, ni la qualité des données ; et enfin, intégrer dès le début la dimension éthique et réglementaire de l’IA, indispensable pour installer la confiance.

La clé réside dans l’équilibre entre pragmatisme, conduite du changement, fondations solides et responsabilité.

Comment associez-vous les étudiants à cette transformation IA ?

Nous voulons impliquer progressivement les étudiants dans des projets concrets. Dès 2024, l’association étudiante Marketing Méditerranée nous a aidés à mieux comprendre leurs attentes.

Un premier pilote sera lancé début 2026 avec notre enseignant chercheur Jorge Andres Clarke De La Cerda : les étudiants contribueront à la consolidation de Metis, en comprenant son fonctionnement, la mobilisation des données et la construction d’un assistant efficace.

Nous prévoyons aussi un hackathon IA, enrichi par un cas réel proposé par un client de TNP.

Enfin, Metis sera ouvert aux étudiants de façon progressive et maîtrisée, pour garantir cohérence technologique et pertinence des usages. Notre ambition est de bâtir un véritable campus augmenté par l’IA, au service des enseignants, des collaborateurs et des apprenants.

Romain GuyonnetDirecteur Data & IA chez KEDGE Business School